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Ethnomédecine


 Cours 1

 « Cours d’ethnomédecine de Christian Busser, docteur en pharmacie et en ethnologie   (référence : LICENCE 3 Semestre 5 Parcours Ethnologie UFR SSPSD / SO20EM41 Ethnomédecine ) de 12heures les mercredi de 16 à 19 h à partir du 21 janvier 2015 » ouvert au public



Cours 1

1.Autour d’une définition

Sources écrites : médecine savante

Sources orales

Définition

L’ethnomédecine pourrait être définie comme l’ethnoscience qui a pour finalité la compréhension des pratiques et des représentations relatives à la santé et à la maladie dans les différentes cultures ( >civilisations) principalement à travers l’étude des médecines traditionnelles contemporaines (=terrain)

 

Autre définition

l’ethnomédecine se préoccupe :

-          des classifications et des connaissances,

-           des pharmacopées indigènes,

-           des thérapeutiques, des corps de représentations, empirique et symbolique.

 Elle permet :

-          de repenser les notions de maladie et de santé,

-           de comprendre, une fois admise la compénétration du social et du fait biomédical, les relations entre les modes d’existence et les pathologies,

-           de travailler selon une méthode pluridisciplinaire qui prend en compte les recherches nutritionnelles, épidémiologiques, génétiques.

 

Sous l’angle d’une anthropologie de la maladie, elle renvoie à :

-          des représentations telles que l’étiologie,

-           les conceptions du monde,

-           du corps,

-           de l’infortune

-           et à une efficacité où l’ordre symbolique et l’ordre social se conjuguent dans une articulation spécifique qui fait la logique de la société.

 

2. Reformulation moderne d’une démarche ancienne

L’ethnomédecine est une discipline récente qui cherche son autonomie.

Nécessité de la reformulation moderne d'une démarche ancienne avec l’exemple d’ethnopharmacologie ( Dos Santos) :


La principale caractéristique de la nouvelle discipline est le double aspect qu'elle revêt, de continuité avec une perspective ancienne et de reformulation, en profondeur, des objectifs et des méthodes. Dans la mesure où les usages des substances naturelles font partie de savoirs préexistants, notamment vernaculaires, la pharmacognosie et la pharmacologie modernes ont eu à affronter dès le départ les tâches de type "ethnopharmacologique" : déterminer les ingrédients constituant tel remède ou tel poison vernaculaire, cerner les modes de préparation ; analyser, pour chaque ingrédient, avec les moyens disponibles à chaque époque, sa composition chimique; tenter de repérer, dans chaque cas, la "substance" ou le "principe actif" qui pourrait être responsable de l'activité constatée et en décrire les mécanismes.

 

Comment s’est constituée l’ethnomédecine : aux Etats-Unis, à partir de l’anthropologie de la maladie, selon certains auteurs tels Genest

L’anthropologie dite médicale est, quant à elle, d’autant plus sûrement promise à un avenir de sur- et de sous-définition que son homogénéité est très relative (en témoigne la diversité des démarches classées sous cette étiquette) et sa spécificité douteuse (en témoignent les nombreuses implications politiques ou religieuses de ses données). Confirment cette incertitude de départ l’existence d’une littérature descriptive abondante, l’absence d’essais de synthèse théorique et, plus encore, le fait que l’organisation de la discipline et de ses données se fait, à l’instar de celle de l’anthropologie politique à ses débuts, sur une base typologique.

Les classements typologiques s’effectuent, en effet, en tous sens et, pour l’essentiel, s’appliquent à la fois à l’ensemble des secteurs qui composeraient la sous-discipline « anthropologie médicale » et aux divisions internes de ces secteurs eux-mêmes. D’une vision d’ensemble de la littérature et des manifestations institutionnelles auxquelles a donné lieu l’anthropologie médicale, principalement aux États-Unis, on peut en effet conclure tout d’abord à la remarquable diversité, sinon à l’incontestable hétérogénéité d’analyses qui n’ont en commun que leur objet empirique d’occasion, à condition de définir celui-ci de façon très lâche. Un article de Serge Genest (1978) a eu le mérite, à la suite de A.       C. Colson et K.           E. Selby (1974), de bien mettre en évidence le côté en quelque sorte administratif et stratégique du regroupement ainsi opéré entre des recherches aux finalités différentes : l’épidémiologie, l’étude des soins en institution (health care delivery systems), les recherches sur les problèmes de santé et l’ethnomédecine constitueraient les quatre grandes divisions de l’anthropologie médicale.

Site internet donnant le texte de Genest :

                               http://www.erudit.org/revue/as/1978/v2/n3/000895ar.pdf

L’épidémiologie se préoccupe essentiellement d’établir des corrélations entre l’environnement social ou naturel et les maladies endémiques ou épidémiques ; elle peut être conçue dans un sens très sociologique et chercher explicitement à mettre en relation coutumes ou modes d’habitat et maladies spécifiques ; elle n’est pas non plus sans finalités pratiques, puisque les modifications de divers ordres consécutives aux déplacements de population, par exemple, risquent d’entraîner l’effacement, l’apparition ou la réapparition de maladies. Genest, s’appuyant sur les travaux de H. Fabrega (1972), rappelle qu’une relation a été inférée (mais non prouvée) entre la mastication du bétel et le cancer de la bouche, et mentionne la relation, plus sophistiquée, qui a pu être établie entre le passage de la vie en montagne à la vie en plaine et la réapparition de la malaria ; cette relation fait intervenir simultanément des changements d’habitat (maisons à étages en montagne, maisons à même le sol en plaine), des changements dans l’organisation du travail (stabulation en montagne, pâture libre en plaine) qui expliquent la disparition des mécanismes de protection contre l’anophèle.

 La finalité appliquée de la recherche est à l’évidence encore plus marquée dans les études consacrées aux soins en institution, qui concernent plus particulièrement les anthropologues par l’attention qu’elles portent aux relations entre corps médical et patients ou entre différentes catégories du personnel médical,


















 

et dans les études de santé qui s’intéressent soit à des populations spécifiques, comme les personnes âgées, soit à des comportements spécifiques, comme la toxicomanie.




























L’ethnomédecine constituerait, au terme de cette division, la part la plus anthropologique de l’anthropologie médicale, dans la mesure où elle privilégie plus nettement l’étude du rapport entre les maladies ou les modalités de leur traitement et l’organisation sociale des populations considérées ; mais elle ne serait pas pour autant de façon exclusive l’étude de la médecine des autres, des peuples non occidentaux, dans la mesure où elle s’applique aux comportements relatifs à la maladie en général, dans la mesure aussi où le doublet médecine savante/médecine populaire est attesté dans de nombreuses cultures.

 Une première difficulté apparaît néanmoins en ce point, car le caractère très officiel d’un certain nombre de croyances relatives à la maladie dans certaines sociétés (croyances qui entraînent tout naturellement le recours à un certain nombre de procédures et de thérapeutes) ne saurait avoir pour pendant le caractère officieux que prennent certaines croyances populaires dans les sociétés où une tradition médicale savante autonome s’est affirmée, même si ces croyances peuvent apparaître comme l’expression de logiques symboliques comparables ; pour dire les choses autrement, il faut souligner que le rapport vécu à la maladie ne se réduit pas à l’opposition médecine savante/médecine populaire ou médecine officielle/médecine officieuse, celle-ci n’étant tout au plus qu’une composante de ce rapport.

Car bien des aspects de ce rapport à la maladie sont liés au vécu personnel et à des représentations symboliques, propres à chacun, comme c’est le cas dans les rêves.

 

Anthropologie de la maladie et notions d’illness, disease, sickness.

Jusqu'à la fin des années 60, les travaux de l’anthropologie médicale portaient sur les pratiques thérapeutiques et le discours des thérapeutes.

A partir des années 70, il y a un changement d’orientation. De plus en plus souvent, l’intérêt des chercheurs s’est porté sur le discours profane de la maladie et sur l’objet de la maladie en tant que tel. Ce changement s’est accompagné d’une critique du rôle de modèle que jouait la conception biomédicale de la maladie. Le modèle étudié est celui de la bio-médecine occidentale. Pour A. Kleinman, ce qui intéresse l’anthropologue, ce n’est pas la maladie en tant que catégorie objective de la médecine, mais la manière dont les gens ordinaires élaborent leur propre notion de maladie à travers leur propre pratique, leur propre expérience et les contacts qu’ils ont avec les spécialistes

Il propose une nouvelle terminologie en se basant sur trois termes anglais : illness, disease, sickness.

 · disease désigne la notion bio-médicale de la maladie ;

 · illness désigne des expériences et des perceptions socialement dévalorisées qui incluent l’expérience de la maladie sans toutefois s’y réduire complètement ;

 · sickness est un terme neutre. Le sens précis peut se rapporter, selon le contexte soit à la notion médicale de la maladie, soit à sa dimension psychosociale.

Allan Young a repris cette terminologie pour la modifier :

 · disease : entité nosologique qui est reconnue par la bio-médecine et qui entre dans une nomenclature médicale. à entité : concept, représentation dont le référent est assimilé à un être réel : la déesse Athéna représente la Grèce classique, mais aussi Athéna la déesse de la guerre. La médecine crée des identités. à nosologie : étude des traits distinctifs des maladies à entité nosologique : maladie individualisée (grippe, rhumatisme, etc.) Il s’agit des caractéristiques pathologiques de la biomédecine. Le mot le plus proche dans le langage médical est affection. Mais cette notion n'’st propre ni à la bio-médecine, ni aux médecines savantes.

 · illness désigne l’état de maladie en tant que subjectivement reçu par un individu (patient).

 · sickness : désigne l’état de maladie en tant que maladie socialement reconnue

Ces terminologies se sont imposées aux chercheurs en Anthropologie en raison de la valeur opératoire. Elle permet de distinguer les différents niveaux auxquels la notion de maladie peut être appréhendée dans la recherche ; cette classification est d’autant plus intéressante lorsqu’il y a désaccord entre l’individu qui se croit malade et ceux qui ne le croient pas malade et dont il va solliciter la reconnaissance de sont état de malade. Cette reconnaissance de l’état de maladie est toujours le résultat d’une négociation.

 Illness et sickness sont universels parce qu’ils désignent l’état de la maladie, notion qui est inséparable de la communication sociale. Les partenaires sociaux doivent disposer d’une définition commune et sociale de l’état de maladie et de ressources sémantiques pour traduire en des termes sociologiquement significatifs le vécu individuel. Replacer au centre de l’étude la notion même de maladie a conduit de nombreux auteurs à renoncer à la notion d’anthropologie médicale pour lui préférer la notion d’anthropologie de la maladie.

EX Introduction à l'anthropologie de la maladie.(Reynier)

 

 http://www.reynier.com/ANTHRO/Ethnomedecine/Intro.html

 

Eléments d’interprétation dans les différents pays :

 

Anglo-Saxons : ethnomedicine est partie intégrante de la « medical anthropologie »

Allemagne : Ethnomedizin=medizinische Anthropologie ; Medizin ethnologie ; Kultur vergleichende medizinische Anthropologie : déf : Interdisziplinäres Fachgebiet, dass Sozial-Kultur-und Naturwissenschafliches Wissenverbindet, um systematisch den Zusammenhang zwischen Medizin und Kultur zu erforschen.

Traduction: anthropologie médicale comparant les cultures:domaine d’études interdisciplinaires, qui relie les savoirs en matière sociale, culturelle, et des sciences de la vie, dans le but d’explorer

systématiquement la relation entre médecine et culture.

 

 

 

Ancienneté : arabes, grecs, chinois, médecine ayurvédique pour l'Inde (voir .

MAZARS G.(1995), La médecine indienne, Presses universitaires de France, Paris).

 

3. Une science interdisciplinaire

(exemple que je connais bien pour y avoir effectué de l'ethnobotanique: Pharmacopée caraïbe « Tramil » ; action du pharmacien Joseph Henry en Guadeloupe) :

-         ethnographie

-         anthropologie

-         histoire

-         linguistique

-         matière médicale ou pharmacognosie

-         médecine

 

Epidémioanthropologie

Facteurs alimentaires, d’où maladies : signalé dès l’Antiquité

Médecine ayurvédique :

-         facteurs externes provenant du milieu

-         comportements individuels

Hippocrate : idem cf Corpus hippocratique

 

Médecine et pharmacognosie : nécessite une bonne identification des maladies et des remèdes ( goûter, participer, enregistrer…)

 

 

Histoire : il existe des lettres de demandes, de cadeaux en rapport avec la médecine

 

La médecine traditionnelle fut longtemps sous estimée…l’ethnographie ne servait plus à rien.

 

 

4. Méthodes de recherches interdisciplinaires ou de la coopération à l’interdisciplinarité :

Apports de l’ethnomédecine : voir Méthodes de l’ethnologie (PUF)

2 types de méthodes interdisciplinaires

Par division ex math et géométrie

Au contraire par agrégation de différents matières

 

Méthodes et résultats

-         techniques, enquêtes

-         choix du terrain

-         études préalables à l’enquête

-         ne peut détenir tous les savoirs, donc soit faire appel à d’autres spécialistes, y compris de l’invisible

Méthode=ensemble de techniques dont le choix et la forme sont surtout liées aux objectifs de la recherche

Techniques : définitions (conditions), modalités, validité…

Ouvre des connaissances, et permet le progrès de la médecine.

 

Exemple Inde : coexistence des deux médecines (méd. trad. avec théorie des humeurs), d’où étude de la philosophie, de la cosmogonie…( Cf mes études en Alsace)

 

 

 

5. Raisons du nouvel intérêt envers les savoirs et usages vernaculaires :

 

- Trouver des médicaments nouveaux en réponse à l’émergence de maladies nouvelles ( ou parfois à la résurgence de maladies anciennes et récurrentes):

SAVOIR DONNER QUELQUES EXEMPLES

- trouver des réponses à des problèmes modernes d'anthropologie de la santé: développement de systèmes de soins primaires, étude des relations thérapeutes patients, des relations du personnel soignant en institution....